Artistes · 5 min de lecture
Rembrandt, le peintre qui s’est regardé vieillir
Né à Leyde le 15 juillet 1606, Rembrandt van Rijn observe son propre visage pendant quarante ans. Environ un dixième de ses tableaux et de ses eaux-fortes le montrent lui-même, jeune et impertinent, riche et assuré, vieux et sans détour.
Un fils de meunier
Rembrandt ne vient pas d’une famille d’artistes. Son père, Harmen, est meunier. Sa mère vient d’une famille de boulangers. Il est le quatrième des six enfants qui survivent.1
Après l’école latine de Leyde et une inscription à l’université de la ville en 1620, il se forme à la peinture. Il passe environ trois ans chez Jacob van Swanenburgh, spécialiste de scènes d’enfer pleines de feu et de reflets, puis six mois à Amsterdam chez le peintre d’histoire Pieter Lastman.1 Cet apprentissage de la lumière du feu explique peut-être l’intérêt qu’il portera toute sa vie aux effets lumineux.1
Un seul nom, comme les grands maîtres
Sa signature raconte sa propre histoire. Jeune, il signe d’un monogramme, RH, puis RHL. À partir de 1633, il ne signe plus que de son prénom : Rembrandt.1
On a avancé qu’il se voyait comme l’égal des grands Italiens connus par leur seul prénom, Michel-Ange, le Titien et Raphaël.1 Plus de deux siècles plus tard, Vincent van Gogh signera simplement « Vincent », pour des raisons bien différentes.
À la conquête d’Amsterdam
En 1631, Rembrandt s’associe à Hendrick Uylenburgh, un marchand d’Amsterdam dont l’atelier peint des portraits, restaure des tableaux et fait des copies. Leyde décline alors qu’Amsterdam prospère.1
Il conquiert vite le marché du portrait, avec des œuvres plus vivantes que celles des spécialistes qui le dominaient. Il peint aussi des portraits de groupe, dont The Anatomy Lesson of Dr. Nicolaes Tulp (1632). En 1634, il entre dans la guilde des peintres et épouse la nièce d’Uylenburgh, Saskia.1
Célèbre pour ses estampes
De son vivant, sa réputation à l’étranger tient surtout à ses eaux-fortes, des estampes tirées de plaques de cuivre mordues à l’acide. Britannica les dit « hors du commun ». Elles lui valent une renommée internationale de son vivant.1
Même ses dessins, faits comme exercices ou études préparatoires, sont recherchés par les amateurs d’art de son époque.1 Le jeune homme qui rit en haut de cette page vient d’une de ces petites eaux-fortes, réalisée à vingt-quatre ans.

The Night Watch
De 1640 à 1642, Rembrandt travaille à un immense portrait de groupe d’une compagnie de la garde civique d’Amsterdam. Un album de famille du capitaine décrit la scène. Celui-ci « ordonne à son lieutenant… de faire marcher sa compagnie de citoyens ».1
Au lieu d’aligner les hommes, Rembrandt les met en mouvement. Britannica y voit une tentative de créer une scène beaucoup plus animée que celle de Léonard dans son Last Supper.1 Le tableau est aujourd’hui au Rijksmuseum d’Amsterdam.2
“Pittore famoso.”
Rembrandt, tel que le décrit le prince Cosme de Médicis dans son journal de voyage, 1667
Une maison, une collection, une faillite
En 1639, Rembrandt achète une grande maison à Amsterdam. Il ne finit jamais de rembourser sa dette. Il dépense beaucoup pour sa collection d’art et de curiosités et, après 1642, ne peint plus de portraits sur commande.1
Sa collection est remarquable. Elle réunit des merveilles naturelles, comme des coquillages et du corail, et des objets fabriqués, comme des médailles, des moulages de philosophes grecs et d’empereurs romains, des armes et des instruments de musique de nombreuses cultures. On y trouve aussi des estampes et tableaux d’autres artistes et des miniatures mogholes.1
On la connaît en détail grâce à l’inventaire dressé en 1656, lorsque la collection entière et la maison doivent être vendues aux enchères. Le musée de la Maison de Rembrandt, à Amsterdam, présente une reconstitution de son cabinet.1
Il fait faillite en 1656. Il n’est pas seul. La première guerre anglo-néerlandaise (1652–1654) et le blocus de la côte néerlandaise frappent durement les fabricants de produits de luxe. Beaucoup d’artistes font faillite en même temps.1 Il vend la maison en 1658 et loue un logement sur le Rozengracht. En 1660, son fils Titus et sa compagne Hendrickje Stoffels fondent une entreprise qui l’emploie afin de le protéger de ses créanciers.1

Une lumière qui demeure
On connaît Rembrandt pour ses jeux de lumière et d’ombre. Dans ses œuvres tardives, la lumière semble s’attarder autour de ses personnages comme une aura mystérieuse.1
À la maison, un mur aux tons chauds et une lumière basse et dorée donnent un effet comparable à une toile. Accrochez-la là où le soleil du soir ou une seule lampe peut l’atteindre.
Les dernières années
Hendrickje meurt en 1663 et Titus quelques années plus tard. Rembrandt continue de travailler. Peu avant sa mort, il prépare des plaques de cuivre pour une série d’eaux-fortes de la Passion, qu’il n’achève jamais.1
Il meurt à Amsterdam le 4 octobre 1669, à soixante-trois ans, et est enterré à la Westerkerk. La cause de sa mort demeure inconnue.1
Les toiles de cet article
La ville de Rembrandt
Canaux, pignons et lumière du soir. Quatre toiles d’Amsterdam.



