Artistes · 4 min de lecture
Édouard Manet, le peintre qui a ouvert la voie à l’art moderne
Né à Paris le 23 janvier 1832, Édouard Manet souhaite avant tout réussir au Salon officiel. Il y provoque plutôt scandale sur scandale et devient le peintre que les jeunes impressionnistes admirent.
Peintre par obstination
Son père veut qu’il étudie le droit. Édouard refuse, et son père refuse à son tour qu’il devienne peintre. Il tente alors le concours de l’école navale, échoue et embarque comme apprenti pilote sur un navire de transport. Après un second échec en 1849, ses parents cèdent enfin.1
Il se forme six ans auprès du peintre classique Thomas Couture. Au Louvre, il copie le Titien et Velázquez.1 La peinture espagnole continue de l’influencer. Son tableau Spanish Singer remporte un franc succès au Salon de 1861.1

Un peintre de son temps
Son ami, le poète Charles Baudelaire, l’encourage à regarder la vie moderne. Music in the Tuileries Gardens (1862), peint en plein air, rassemble dans une toile le Paris élégant du Second Empire.1
La révolution de Manet tient à ses sujets pris dans la vie de son temps, peints avec une technique qui rompt avec la tradition.1
1863, le Salon des Refusés
Le jury du Salon officiel rejette son grand tableau Le Déjeuner sur l'herbe. Il le montre donc au Salon des Refusés, créé pour les nombreuses œuvres rejetées.1
La composition emprunte aux maîtres anciens, Giorgione et Raphaël. C’est la modernité qui choque. Une femme nue s’assoit avec deux jeunes hommes vêtus à la mode du temps, sous une lumière dure, dans un sous-bois à la perspective volontairement irréaliste. Le tableau lui vaut une « célébrité de carnaval » qui le suivra pendant presque toute sa carrière.1
1865, Olympia
Deux ans plus tard, Olympia aggrave les choses. Une femme nue, allongée, regarde le spectateur droit dans les yeux. Une lumière éclatante aplatit les formes. Le public et la critique jugent le tableau indécent.1 En 1907, l’homme d’État Georges Clemenceau le fera entrer au Louvre.1
« Zola voyait en Manet un représentant de tous les artistes importants qui commencent par heurter l’opinion publique. »
Encyclopaedia Britannica
Les amis des Batignolles
En 1867, le jeune romancier Émile Zola le défend dans un long article. Manet le remercie en peignant son portrait. En 1870, Henri Fantin-Latour peint A Studio at Batignolles. Manet y est à son chevalet, entouré de Zola, Renoir, Monet et Bazille.1
Manet rencontre Berthe Morisot au Louvre et peint souvent son portrait. Elle épousera plus tard son frère Eugène.1 En 1874, il peint sur les bords de la Seine avec Claude Monet.1 Cet été-là, il peint également la famille de Monet dans son jardin à Argenteuil.


Manet et les impressionnistes
Manet est l’ami de Monet et des autres, mais il n’expose jamais dans leurs expositions indépendantes. Il continue d’envoyer ses tableaux au Salon officiel.1 Il relie la peinture ancienne à la nouvelle, sans faire partie du groupe. Pour découvrir d’où vient le nom du mouvement, lisez notre article sur l’impressionnisme.

Le dernier grand tableau
En 1880, la maladie qui l’emportera atteint ses jambes. Au Salon de 1882, il présente A Bar at the Folies-Bergère. Une serveuse nous fait face. Derrière elle, un miroir reflète la foule et un client, comme si nous occupions sa place.1
Britannica juge l’œuvre radicale pour la façon dont elle efface la frontière entre le spectateur et ce qu’il regarde.1 C’est sa dernière grande contribution à la peinture moderne. Il meurt à Paris au printemps suivant, à cinquante et un ans.1

Un portrait à la maison
Manet aimait les visages qui soutiennent votre regard. Un portrait donne à la pièce une présence, comme un invité qui ne s’en va jamais.
Accrochez-le à hauteur des yeux, là où l’on s’assoit ou s’arrête, pour croiser son regard. Un vestiaire, un coin lecture ou un palier s’y prête.
Les toiles de cet article
Visages peints
Quatre portraits aux touches visibles dans l’esprit du Paris moderne.



