Couleur · 2 min de lecture
Le brun de momie, un pigment fabriqué à partir de momies
septembre 2025
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Pendant des siècles, les peintres ont pu acheter un brun fabriqué à partir de véritables momies égyptiennes, broyées puis mélangées à la peinture.
Ce que contenait le tube
Le « brun de momie », aussi appelé brun égyptien, était fabriqué à partir de corps anciens momifiés, réduits en poudre puis incorporés à des peintures à l’huile, des vernis ou des aquarelles. Les peintres l’utilisaient dès le XVIᵉ siècle.1
Il avait un curieux ancêtre. Dès le Moyen Âge, les apothicaires vendaient la « momie » comme remède. Le mot arabe ancien mumiya désignait à la fois un corps embaumé et le bitume.1
Un brun pour les peintres
La couleur était un brun fauve clair, souvent employé en lavis ou en glacis transparent. Elle semble avoir été particulièrement appréciée des préraphaélites et de leur entourage dans l’Angleterre victorienne.1
Cette peinture séchait mal et manquait de durabilité, deux défauts qui ont contribué à son abandon.1


Voici les deux peintres de cette histoire. La présence de brun de momie dans ces tableaux reste inconnue. Ils illustrent ici la chaleur des tons terreux.
Le tube dans le jardin
En 1881, le peintre Lawrence Alma-Tadema, connu pour ses scènes du monde antique, rend visite à Edward Burne-Jones dans son atelier. Il lui raconte être allé chez son fournisseur de peinture pour voir une momie avant qu’elle soit broyée en pigment.1
Burne-Jones a d’abord du mal à croire que son brun préféré est en grande partie composé de restes humains. Une fois convaincu, il agit sur-le-champ, comme le raconte sa femme Georgiana dans ses mémoires.
« [Il] s’est précipité à l’atelier et en est revenu avec le seul tube qu’il possédait, insistant pour que nous l’inhumions dignement, là, tout de suite. »
Georgiana Burne-Jones, mémoires cités dans Cabinet
« À court de momies »
La couleur survit encore longtemps. En octobre 1964, le magazine Time rapporte que Geoffrey Roberson-Park, directeur général du fabricant londonien de couleurs pour artistes C. Roberson & Co., reconnaît que l’entreprise est à court de momies. « Nous ne pouvons certainement plus nous en procurer », dit-il.1
Cette histoire nous rappelle que chaque pigment a une origine. Parfois précieuse, comme l’outremer, parfois dangereuse, comme le vert de Scheele, et autrefois, aussi inimaginable que cela paraisse, humaine.

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